25 mai 1849

« 25 mai 1849 » [source : BnF, Mss, NAF 16367, f. 155-156], transcr. Anne Kieffer, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7412, page consultée le 04 mai 2026.

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Bonjour, mon tout bien-aimé, bonjour, mon adoré petit homme, bonjour comment vas-tu ? Je suis rentrée chez moi hier à neuf heures dans l’espoir de te voir, mais je n’ai pas eu cette heureuse chance. J’espère que cette absence ne veut pas dire rien de mauvais pour toi ni pour le pays, mais tout bonnement paresse et insouciance de mon bonheur personnel. C’est comme cela que je l’interprète jusqu’à ce moment, ce qui ne me rend pas plus gaie mais ne me tourmente pas. Nous t’avons attendu hier chez la mère Sauvageot jusqu’à 4 h. ¼, puis voyant que tu ne venais pas nous sommes revenus à la maison en flânant. Je me suis déshabillée et je suis allée dîner chez Eugénie. À peine ai-je eu accepté cette invitation que j’en ai eu du regret, parce que j’ai senti que c’était me priver d’une chance de te voir. Aussi je me suis peu amusée tout le temps que j’y suis restée. Aujourd’hui je n’aurai par cette préoccupation et ce regret, nous verrons si j’aurai meilleure chance. Cher adoré, j’ai le cœur plein de toi et l’âme brûlée par le désir de te voir. Tâche de venir ce soir et de rester un peu de temps pour que je puisse te voir et te baiser à mon aise. D’ici là je t’aime de toutes mes forces.

Juliette


« 25 mai 1849 » [source : BnF, Mss, NAF 16367, f. 157-158], transcr. Anne Kieffer, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7412, page consultée le 04 mai 2026.

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Je voudrais bien savoir ce que tu fais, à qui tu penses et ce que tu aimes dans ce moment-ci, mon petit homme. Malheureusement j’en suis réduite pour tous renseignements à mes conjectures qui ne sont rien moins que rassurantes. Si j’osais même, je te croirais capable de tous les crimes de haute trahison au premier chef de Juju et de lèsea infidélité. Ces agréables suppositions influent sur mon humeur au point de me rendre parfaitement insupportable et odieuse à moi-même. Aussi je donnerais ma vie pour deux sous y compris mes chances de choléra1 et de République rouge2. Si je m’en croyais, je pleurerais comme un veau. Si je ne le fais pas c’est pour ne pas me céder, mais au fond j’en meurs d’envie. Du reste depuis ce matin je suis assez souffrante et c’est avec une répugnance invincible que j’ai essayé de déjeuner. J’ai un vague mal de cœur tout à fait désagréable et il me faudrait bien peu de chose pour me faire vomir jusqu’à l’âme. Cependant si tu voulais me payer une culotte aujourd’hui, je crois que cela me ravigoteraitb de fond en comble et que j’y ferais honneur depuis les pieds jusqu’à la tête. Mais vous n’aurez pas cette admirable inspiration et je peux bien creverc dans ma peau d’ici à ce que vous vous décidiez à tenir votre promesse. En attendant, je vous adore tout partout.

Juliette


Notes

1 Depuis le début du mois de mars 1849, une épidémie de choléra touche la France. Elle durera jusqu’en septembre 1849 et fera plus de seize mille morts.

2 Malgré l’expansion des démocrates-socialistes qui obtiennent près de 200 sièges aux élections législatives, le parti de l’Ordre reste le grand gagnant du scrutin.

Notes manuscriptologiques

a « lèze ».

b « ravigotterait ».

c « crêver ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo est élu à l’Assemblée Législative. Le choléra sévit à Paris. Elle accueille pour la première fois sa sœur, son beau-frère et son neveu venus visiter Paris.

  • 13 maiHugo élu à l’Assemblée législative.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la misère.
  • AoûtSéjour à Paris de sa sœur, son beau-frère et son neveu.
  • 8-17 septembreVoyage avec Hugo en Normandie.